Une sale journée

6:58 PM Anthony 1 Comments


J'étais à New York cette semaine, mon voyage annuel, pour la réunion du comité de sélection de la Lupus Research Alliance. Evidemment, je n'y était que virtuellement. Ils ont pris cher, à New York, avec le coronavirus. Je ne sais pas quand je pourrai revoir cette ville... mais aucun doute, elle aura changé.
Et quand la réunion commence à 9h00 à NYC, si tu es à Seattle, tu dois te lever à 5 heures du mat. De toute façon, 5h30, c'est mon heure habituelle ces jours-ci. Et le problème, c'est que dans ces cas là, le samedi aussi, on se réveille trop tôt. Alors ce matin, j'ai lu les news... mauvaise idée.

- D'abord la météo. Toute la journée, ceci:

- Ensuite, l'actu des marathons. Boston, reporté d'avril à septembre, est maintenant officiellement annulé. Le plus ancien et le plus prestigieux marathon. Celui pour lequel se qualifier nécessite de descendre sous la barre mythique des 3 heures. Celui qui se court un jour férié pour l'Etat du Massachusetts, Patriot's Day rebaptisé Marathon's Day. Celui qui a rebondi, #BostonStrong, après des attaques à la bombe il y a quelques années. Celui qui depuis 1897 n'avais jamais été annulé, même pas par les guerres mondiales. Je ne me fais plus d'illusion pour Amsterdam depuis longtemps, mais c'est maintenant une quasi certitude, les marathons d'octobre seront les prochains à passer officiellement à la trappe.

- Et le coronavirus à Seattle, comment ça va? Quand est-ce qu'on déconfine? Rien de réjouissant de ce côté-là. Le Gouverneur de l'Etat de Washington a établi un plan en 4 phases. Chaque comté peut postuler pour passer à la phase suivante dès qu'il remplit une série de critères stricts. Dans le King County, où se trouve Seattle, nous sommes toujours en phase 1. Les critères pour la phase 2 restent obstinément hors d'atteinte. On peut aller à la pêche (c'est la version locale du kayak) mais à part ça, c'est toujours "Stay Home Stay Healthy". Il faudra attendre la phase 4 pour pouvoir sortir de la maison pour des activités non-essentielles. Et comme il faut un minimum de 3 semaines entre 2 phases, on y sera probablement à temps pour la semaine des quatre jeudis.

- Wikipedia est fantastique! Dans ma jeunesse, je passais de mot en mot dans le dictionnaire... puis au bout d'une heure j'essayais de retrouver la série de mots qui m'avait aléatoirement amené là où j'étais. Maintenant, je le fais de clic en clic. A vous de deviner:  en partant des statistiques du coronavirus, comment suis-je arrivé à regarder de vieux épisodes de "La croisière s'amuse" sur YouTube?

J'ai été interrompu par un email de l'animalerie, c'est habituel le weekend, me demandant d'aller m'occuper d'une souris malade. J'ai eu la flemme toute la journée mais je me suis enfin décidé à y aller en fin d'après midi. Après 1 km, mon téléphone a gueulé comme jamais. C'était le système d'annonce d'alertes: couvre feu à Seattle, rentrez tous chez vous!

Que se passe-t-il? A Seattle comme partout dans le pays, une vague d'émeutes envahit les villes depuis quelques jours. Vous vous souvenez, dans feuilletons des années 90, Beverly Hills 90210 et Docteur Doogie, les émeutes de Los Angeles en 1992? Et bien c'est la même chose.

Depuis, il y a eu Black Lives Matter. Mais rien n'y fait: les mêmes violences policières ne cessent de resurgir. C'est le péché originel des Etats Unis d'Amérique. Cette fois-ci, les images sont absolument insoutenables. La "technique" policière utilisée pour l'arrestation de cet homme de Minneapolis est identique à ce qu'on appelle, à l'animalerie, une dislocation cervicale. La différence, avec les souris, c'est que cette méthode d'euthanasie ne peut être pratiquée qu'après anesthésie pour limiter les souffrances.

Cet homme, ça aurait très bien pu être mon ami Junior, dans les rues de New Haven. Lui aussi, il avait fait des bêtises dans sa vie. Lui aussi vivait comme il pouvait, avec sa pension de militaire et les quelques sous que lui donnaient les passants. Je ne sais pas ce que Junior devient en cette période de coronavirus. Mais peut-être que lui aussi aurait pu tenter d'acheter de la nourriture avec un faux billet de 20 dollars.

Il y a quelques années, au moment de Black Lives Matter, un joueur de football américain a fait le buzz. Pendant l'hymne national en début de match, Colin Kaepernick, jumeau de Marouane Fellaini, posait le genoux par terre en protestation contre les violences policières. Il a perdu son emploi et n'a plus jamais retrouvé d'équipe. Mais son geste est devenu symbolique et s'est répandu. Si bien que le président s'en est mêlé: dans ce sport aux relents esclavagistes, il a appelé les milliardaires blancs propriétaires de clubs à virer ces "fils de p...".

Lebron James, King James, a tout résumé en deux images.


Ce n'est pas seulement une sale journée. C'est une sale période pour ce pays.


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1 comment:

  1. Coucou Anthony, merci pour tes nouvelles et celles de Seattle...elles sont peu réjouissantes mais ta prose reste toujours agréable à lire. D'ici, avec des bribes d'infos dans la presse, on se demande ce qu'il se passe aux US, on ne comprend pas. Sommes-nous si différents ? Notre histoire est certainement différente. On parlait importance de l'éducation dernièrement et mon père disait que s'il y a bien un cours important c'est Histoire. Quand j'étais à BCS, au Canada, c'était un cours à option... une erreur. Il faut replonger dans l'histoire, lointaine ou proche !

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