Enfin, le ciel bleu!

 








Marche arrière

 

On connaissait déjà le concours de la plus belle photo prise avec un téléphone. Je vous propose désormais le concours de la plus belle photo prise avec la caméra de recul de la voiture!



Araignée

 

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Colorado

 

Dans ma jeunesse, j'ai transporté beaucoup de posters jusqu'au campus de Gosselies. C'était pratique pour celles et ceux qui n'habitaient pas à proximité du Solbosch. Régulièrement, ils me demandaient "Hey, tu pourrais aller chercher mon poster à l'imprimante du Centre de Calcul?". Certains précisaient: "Hey, tu pourrais aller chercher mon poster pour Keystone?". C'est un peu comme la pêche à la ligne. Il y a ceux qui ont fait l'ouverture de la truite. Et il y a ceux qui ont fait l'ouverture et y ont pris 5 truites de 60 cm.

Keystone, c'est une station de montagne de 1000 habitants, perchée à 2800 mètres d'altitude dans les Rocheuses du Colorado. En hiver et en été, on y profite de toutes les activités sportives montagnardes, comme partout dans la région. Mais à l'entre-saison, Keystone devient un haut lieu de la recherche bio-médicale. En effet, depuis 50 ans, se tiennent à Keystone diverses conférences scientifiques. Et, business is business, la marque "Keystone Symposia" s'exporte maintenant dans d'autres régions montagneuses d'Amérique du Nord. La marque est tellement renommée qu'elle devient comme Bic ou Karcher: on ne va pas "à un symposium à Keystone", on va "à un Keystone".

Pour arriver à Keystone, on atterrit à l'aéroport de Denver. De là, on prend une navette qui passe par le tunnel Eisenhower: plus long tunnel montagnard (2,73 km) et point culminant (3400m) du réseau autoroutier américain, il se situe sur la ligne de partage entre le bassin Pacifique et le bassin Atlantique.


Un peu plus loin, on bifurque sur l'US Highway 6 qui, allant de la Californie au Massachusetts, traverse la bourgade de Keystone.



A Keystone, ça transpire les années 70s et 80s. Comme le montre ce poster annonçant les Jeux Olympiques d'hiver de 1976... qui ont finalement eu lieu en Autriche. En arrivant à la station, on se croirait dans le clip "Last Christmas" de Wham!

Il n'y a pas que l'architecture et la décoration qui ont un air d'années 70s. Au symposium également, on ne s'encombre pas de technologies du 21ème siècle: le programme, on l'imprime sur des feuilles A4 qu'on punaise sur un panneau!

Le principe des Keystone Symposia est simple: rassembler un petit groupe de 200-300 personnes, expertes d'une discipline bien précise. Des fondateurs de la disciplines aux étudiants qui présentent le premier poster de leur carrière, tout est fait pour favoriser les discussions et les interactions informelles. L'horaire est plutôt espagnol. De midi à 17 heures, les activités scientifiques s'interrompent, histoire d'aller profiter de la montagne. Le soir, il n'y a absolument rien à faire à Keystone, alors on bavarde devant les posters jusqu'à 10 heures du soir en profitant du buffet.

Le premier après-midi, il faisait froid et venteux. La neige tombait sur le lac gelé. Alors je suis resté à l'hotel et j'ai travaillé un peu dans une atmosphère chalet de bois. Mais le lendemain, le soleil était de sortie, alors j'ai enfilé les chaussures de trail et je suis monté à 3000 mètres. J'aurais bien voulu aller plus haut, jusqu'à 10000 pieds, ça aurait été un chiffre rond sur Strava en unités américaines également. Mais il y avait de la neige sur le chemin alors j'ai rebroussé chemin.... En fait, non, ce n'est pas vrai. Il y avait bien un peu de neige, mais la réalité est que je ne pouvais vraiment plus avancer. A une telle altitude, il m'aurait fallu un troisième poumon. Alors je suis redescendu pèpère, en vous ramenant quelques photos du paysage.





Je me suis gentiment moqué de mes anciens collègues thésards avec leur "poster pour Keystone". Mais on ne change pas en vieillissant. Mes collègues actuels, eux, se la pètent quand ils doivent "organiser un Keystone". C'est ainsi que par copinage, j'ai été invité à "donner un talk à un Keystone". J'avais mis ma belle chemise, celle qui sert un peu au niveau du col.



Californie

 

Avec la fin de la pandémie, les voyages reprennent et j'ai de nouveau des choses à raconter sur le blog. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai donc revu le Mont Rainier d'un peu plus près.


Et à deux reprises en ce mois d'avril, la destination était la Sonoma Valley, région viticole au nord de San Francisco.




Autre point commun entre ces deux voyages: c'était à l'invitation de deux jeunes milliardaires. Le premier, Reed, héritier de Steve, je vous en ai déjà parlé. Le second, Sean, avait 19 ans quand il a créé Napster avant d'être le premier directeur de Facebook. Pour ceux qui ont vu le film "The Social Network" en 2010, Sean c'est le mec dont le personnage était joué par Justin Timberlake.

A part les technologies, la fortune et le financement de la recherche contre le cancer, Reed et Sean ne se ressemblent pas beaucoup. Reed est un garçon bien élevé, discret, souriant et charismatique. Sean est le bad boy qui mène une vie dispendieuse, étalant les frasques et le luxe. Et donc quand Sean invite, c'est comme dans un feuilleton américain.

Vous voyez, les films dans lesquels les chambres d'hotels sont si grandes qu'on pourrait s'y perdre, avec vue sur la piscine? Comme ça:




Et les réceptions au bord de la piscine bleue? Comme ceci:


Ou encore les cocktails sur la grande pelouse, de l'autre côté des vignes? Là-bas:


Les copains de Sean font partie de son comité de direction, et étaient donc présents également. Lors de la première session, il y avait à côté de moi une fille qui n'avait absolument pas la dégaine d'une scientifique. Alors j'ai googlé son nom. C'est une espèce de Paris Hilton wannabe, dont le papa a fait fortune dans l'industrie minière en Afrique du Sud, et qui semble faire dans la philanthropie. Reed était là aussi, il est venu me taper sur l'épaule: "Hey Anthony, comment ça va?"

Mais le luxe n'était pas le but de cette petite réunion à la campagne. On était là pour la science. Dans l'assemblée, un prix Nobel et absolument toutes les sommités US de l'immunothérapie. Seulement deux manquaient, bloqués chez eux à cause de COVID.

J'étais un rien nerveux dans les minutes qui ont précédé ma présentation. Avez-vous déjà entendu parler du syndrome de l'imposteur?

Demain, pour bien finir le mois d'avril, direction le Colorada. On annonce un environnement composé de gens plus normaux.



Nouveau modèle légo


Les pompiers vont faire le plein d'essence.




 

Passeport gaumais

 

On avait un peu perdu l'habitude, ces derniers temps...



Z'avez le bonjour du Chef

 

Il va bien, merci pour lui!


Il m'a donné sa bénédiction pour aller prendre l'avion mercredi: il a vu les données les plus récentes de Moderna contre Omicron. Quatre semaines après ma troisième dose, j'ai le taux idéal d'anticorps dans le sang. Par contre, il m'a interdit d'enlever mon masque la moindre seconde dans l'avion... donc à jeun pendant tout le vol! Je n'en apprécierai que plus les cougnous bien belges à l'arrivée! (et pas besoin de lancer de débat en commentaire, il s'agit bien de cougnOUs!)

A part ça, refaisons une petite session d'épidémiologie comparée. Dimanche soir, je disais à Virginie par email que la situation était sous contrôle dans le King County:


Mais lundi matin, bardaf, 70% d'Omicron -- on ne parle même plus de "courbe" des contaminations:


Je vous promets, si la même chose se produit en Belgique à mon arrivée, ce n'est pas de ma faute!

Une dernière chose: on s'habitue vite au luxe... mais cette pandémie nous ramène les pieds sur terre. Plus moyen de commander une boîte de tips pré-remplie. Alors on retrouve les vieilles habitudes du labo à l'ULB: remplir les tips à la main!
Les enfants gâtés du labo, ils ne savaient même pas que c'était possible!


Le complot Castex

 

Le Premier Ministre français a donc annoncé hier le remplacement du "Covid safe ticket" version française par un pass vaccinal. Un test négatif ne fera plus l'affaire, il faudra être vacciné pour aller au restaurant ou au théâtre. Discrimination contre les non-vaccinés? Grand complot de l'Etat central à la merci des multinationales? Certains le pensent. Réaction dans l'urgence et la panique face à la déferlante annoncée d'Omicron? Probablement.

Mais si on y regarde de près, cette décision est beaucoup plus importante car elle signale une transition essentielle dans la gestion de la crise du covid: le passage d'une gestion de pandémie, à celle d'une endémie. Revenons sur les faits et leur interprétation.

Acte 1:

Lors du développement des vaccins en 2020, l'objectif était d'atteindre au moins 50% de protection contre les maladies symptomatiques. Avec plus de 90% d'efficacité, l'objectif était largement atteint. Mieux! Les vaccins protégeaient à environ 80% contre la transmission du virus. Dans un excès d'optimisme, on a donc rêvé d'une fin de crise rapide et de l'éradication du virus.

Et pour s'assurer du succès, on a mis en place le covid SAFE ticket: soit tu es vacciné et tu ne risques rien, soit tu as un test négatif et tu ne peux contaminer personne. Parfait! Chacun ayant la liberté de choisir entre le vaccin ou les tests. En fin de printemps 2021, nous étions presque sortis d'affaire.


Acte 2:

Delta déboule. Rapidement, on constate que les vaccinés peuvent être infectés, peuvent transmettre le virus, et peuvent être assez sérieusement malades. Même si ces risques sont fortement réduits par la vaccination. On connaît tous des gens en bonne santé, vaccinés, qui ont chopé delta cet été et "n'ont jamais été aussi malade de leur vie". C'est là que le covid SAFE ticket a perdu tout son sens. Pour un vacciné, il valait mieux aller au bistro avec un non-vacciné testé négatif le jour même, plutôt qu'avec un vacciné potentiellement infectieux. Plus personne n'était vraiment SAFE. Depuis, au café du commerce, les immunologistes de comptoir s'en donnent à coeur joie: "le vaccin ne fonctionne pas" mais "c'est une épidémie de non-vaccinés", "les lymphocytes T sont plus importants que les anticorps", "les enfants ne sont pas les moteurs", et patati et patata.

L'immunologie, c'est comme le football: à la troisième mi-temps, tout le monde est entraîneur. Néanmoins, on cherche toujours celui qui pourra ramener le titre au Standard.


Acte 3:

Omicron entre dans la danse. Vaccin ou pas, il va passer à travers tout. Si quelqu'un vous affirme avec certitude qu'Omicron est bénin, ou au contraire que ça va être l'apocalypse, cette personne peut préparer son CV, pour l'envoyer au Standard le jour où l'entraîneur actuel sera viré.

Jean Castex, lui, a compris deux choses. D'abord, ce virus, il est là pour rester et il n'en viendra pas à bout. Ensuite, le vaccin actuel en trois doses continue à bien protéger contre les hospitalisations. Alors le message qu'il fait passer à ses concitoyens est simple: "Restez en dehors de mes hôpitaux, et je vous lâcherai les bottes". Que le virus circule dans les bistrots, cinémas et tribunes de football, ça ne le concerne plus.

Après, chacun pourra choisir le niveau de risque à prendre face à delta, à omicron, ou au reste de l'alphabet. Sachant que ça pourrait résulter en un bon rhum, une grosse gripe ou une sale bronchite... mais ça, Jean Castex n'en a cure. Le pass vaccinal, c'est donc le retour des libertés et responsabilités individuelles dans un monde devenu épidémiologiquement dangereux et incertain. A condition de vider les hôpitaux... donc de vacciner tout le monde.


Restent quelques questions en suspens: Jean Castex va-t-il aller au bout de sa logique? A-t-il raison? Est-ce le bon moment? Est-ce que ça va fonctionner? L'avenir le dira...



Bilan annuel

 

Vous vous souvenez de ma tradition à Yale? Vers le 20 décembre, je faisais le ménage à l'animalerie, je rentrais à pied pour photographier le sapin sur le New Haven Green, le soir je postais le dernier blog de l'année, puis le lendemain je partais en train vers JFK pour embarquer sur le DL140 à destination de Bruxelles.

Et bien à Seattle, il n'y a vraiment aucune ambiance de Noël ni de sapin à photographier. L'animalerie, je ne dois plus trop m'en soucier, un petit gars au labo s'est porté volontaire: "Fais moi la liste, et je génotyperai tout pour toi entre Noël et nouvel an". Sympa! Mais comme j'ai soumis aujourd'hui le dernier rapport de l'année, il y a quand-même un peu cette agréable impression de fermer la boutique pour les fêtes.

Il me reste néanmoins 2-3 choses à finir lundi et mardi. Notamment, j'ai reçu hier un mail du Chef. Celui de New Haven. "On a un souci avec nos souris, tu peux nous aider? On peut faire un Zoom lundi?" Bien sur, Chef! Mais c'est le même souci qu'on avait résolu il y 10 ans. Et la solution est celle que je lui ai rappelée il y a 2 ans, et 4 ans. A mon avis, il a juste envie de prendre des nouvelles.

Faisons le bilan de ces deux années écoulées. Difficile: tellement de choses se sont passées! J'ai un peu l'impression de sortir d'hibernation. Vais-je reconnaître la Belgique, y retrouver mes marques? j'appréhende un peu. Ici, on est passé par toutes les émotions. Vous ai-je dit que j'ai régulièrement pensé à changer de métier? Faire des manips, c'est mon truc. Par contre début 2020, faire tourner un labo, je n'étais plus certain que c'était pour moi. On passera les détails, mais scientifiquement, personne ne voulait travailler à ma manière... et au final, c'est moi qui me suis fait convoquer au resources humaines. Alors quand en plus j'ai été obligé de fermer le labo... à quoi bon? Autant rentrer à la maison et aller faire guide ornitho au Zwin. Sauf que l'ornitho, j'ai un peu oublié, donc même ça ce n'était plus possible. Quel loser!

Heureusement, la pandémie a finalement été salutaire. Dans leur délire collectif, ils ont tous fini par se barrer. CTRL-ALT-DEL... à l'été 2020, j'ai pu commencer à reconstruire un labo, un vrai. Et fin 2021, voici où nous en sommes:

Une bande de joyeux apprenti immunologistes, plus enthousiastes les uns que les autres, fiers de présenter leurs résultats chaque vendredi matin au lab meeting, qui s'aident et se motivent entre eux, écoutent et suivent mes conseils, ouvrent grand les yeux et les oreilles quand je pars dans mes grandes explications de fausses bonnes idées qui s'avèrent parfois pas trop mauvaises.

C'est amusant de travailler avec chacun d'entre eux, et trouver la manière de les amener individuellement à leur meilleur potentiel. Il faut malheureusement encore gérer les conséquences des 2-3 années précédentes, et j'espère que les dégâts pourront être absorbés. Mais c'est avec un labo comme celui-ci qu'on va soigner le cancer du sida... je vous le promets!

A très bientôt!