Tout ça pour ça...


Régression polynomiale


Vous l'avez bien méritée, votre quatrième phase du déconfinement et vos vacances d'été. Vous y avez même mis l'élégance mathématique avec une jolie courbe en cloche presque parfaitement symétrique. Dommage qu'elle ne retombe pas à zéro, mais c'est pas loin!

Ici par contre, la courbe est moins parfaite. Si on se sort un jour prochain de la phase 2 dans laquelle on vient d'entrer, c'est pour retourner en phase 1. Voire en confinement.
Encore 131 jours jusqu'aux élections... et peut-être le début de la fin de ce cauchemar.



Black Lives Matter
























Un coin de ciel bleu

La météo est redevenue un peu plus ensoleillée ces derniers jours. Encore beaucoup de nuages, mais c'est déjà mieux que le déluge du weekend précédent.

En ville, les émeutes ont pris fin, policiers robocop et vandales ont enterré la hache de guerre. Après 5 nuits de couvre feu, la situation est revenue au calme. Les manifestations se poursuivent, mais pacifiquement. L'inquiétude principale, mis à part celle d'être entendus et de faire changer les choses, c'est le risque de propagation du virus dans ces rassemblements de masse. Car nous somme toujours en confinement ici, le virus continue de roder...

Mais en réponse, la ville de Seattle et l'Université de Washington offrent maintenant des tests PCR gratuits et invitent tous les manifestants à en profiter. Un peu de générosité et de bienveillance...

Et puis les nouvelles sont un peu meilleures du côté du virus. Le King County n'est toujours pas éligible pour la phase 2. Mais on a pu passer en phase 1 et demi. Les terrasses de restaurants sont accessible à 50%. La piste d'athlétisme reste fermée donc pour moi, ça ne change rien. Et puis de toute façon, il n'y a plus d'urgence à réouvrir: le vol de la famille VDP est annulé, donc pas de Visiteurs en Amérique cette année. Tant qu'on me laisse aller au labo, déconfinement ou pas, peu m'importe, après tout.

Au labo, ça continue à être difficile mais on progresse. Trouver le juste milieu entre l'empathie et la productivité... tout un art!

Il fait calme ce soir sur le balcon. A part quelques skateboards et roquets énervés, aucun bruit dans la rue. Pas d'hélicoptère pour surveiller les manifs. Les avions, au lieu d'un 737 s'alignant chaque minute sur la piste d'atterrissage, il n'y a qu'un cargo toutes les 15 ou 20 minutes. Seattle est une ville isolée, insulaire... et je me sens un peu comme Robinson Crusoe. L'année 2020 va être longue, mais on s'en sortira.

Le marathon d'Amsterdam n'est pas encore officiellement annulé. Alors il est temps de retrouver la forme d'avril, après un mois de mai pourri. Je pars donc courir... à plus tard!


Les Tuniques Bleues


Elle a raison, Elodie, dans son commentaire: l'histoire est un cours important.
Aussi important que le cours de math avec ses logarithmes et ses dérivées. Aussi important que le cours de bio sur les virus et les bactéries.

Moi, pas de chance, mes cours d'histoire étaient encore pire que les cours de néerlandais (oui, c'est possible!).

Mais heureusement, pour l'histoire des Etats-Unis,  il y avait les Tuniques Bleues. Car le foutoir socio-politique que vivent pour l'instant les USA, virus mis à part, il a exactement la même origine que cette guéguerre à laquelle participaient Blutch et Chesterfield.


L'autre guignol à la Maison Blanche, avec sa casquette rouge "Make America Great Again", vous êtes-vous déjà demandé quand l'Amérique était tellement mieux qu'aujourd'hui? Il y a 10 ans, pendant la récession économique? Il y a 20 ans quand des terroristes venaient détourner les avions? Il y a 30 ans quand les villes, telles New Haven, étaient dominées par les gangs et la criminalité? Honnêtement, je n'échangerais pas ma Golf contre la Coccinelle jaune dans CHiPs il y a 40 ans. Aurait-on dû s'abstenir d'inventer les ordinateurs il y a 50 ans? Et le vaccin contre la polio il y a 60 ans, on vivait mieux sans? Et que penser d'il y a 70 ans, quand la mortalité infantile était encore 5 fois celle d'aujourd'hui? On va s'arrêter là, car il y a 80 ans...

Si c'était mieux avant... avant quoi, au juste?

Le même guignol s'en est pris publiquement à son prédécesseur récemment, c'est d'ailleurs une habitude, l'accusant d'un scandale hors norme. Un scandale qualifié d'Obamagate. Pressé par un journaliste quant à la nature exacte de ce crime, le président n'a eu pour autre réponse que "tu sais très bien de quoi il s'agit".

Oui, on sait très bien de quoi il veut parler: de la couleur de peau de Barack Obama. C'est ça le seul crime dans l'esprit de certains. Pour eux, l'Amérique était mieux avant... quand seul un blanc pouvait devenir président.
Parfois, des gens qui pensent comme ça deviennent policiers. Ou président.

Mais dans ce pays si contrasté, il y a toujours le revers de la médaille. Comme, gravée sur les murs du marchant de café en face du labo à Yale, cette citation de Bill Clinton: "There is nothing wrong with America that cannot be cured by what is right with America".
Il n'y a rien de mal en Amérique qui ne puisse être résolu par ce qu'il y a de bien en Amérique. Demandez au Caporal Blutch ce qu'il en pense!


Si on m'avait dit qu'en 2020...


Depuis 20 ans, j'étais sur une pente glissante. Ca peut s'appeler du workaholism, ou "faire don de son corps à la science". Mais peu importante, même si c'est une forme d'égoïsme, rien ni personne ne pouvait m'empêcher d'aller au labo et d'y faire des manips.

Repasser par le labo le dimanche à 10h du soir en rentrant d'un week end ornitho en Baie de Somme? On l'a fait. Aller congeler des cellules le premier janvier? Fabienne peut certainement retrouver les ampoules dans l'azote liquide à Gosselies, datées du 1/1/1 (comment mieux débuter le siècle?). Les semaines de 75 heures? Il y en a eu quelques unes à Yale. Les meilleures journées? Quand tu rentres chez toi avec le Yale shuttle, tu dis aux gens "bonne nuit" et ils te répondent "bonne journée". La manip qui commence vendredi à 7 heures du matin et finit samedi à 10 heures du matin? Yep... le jour de mon anniversaire. Retourner au labo à 1 heure du matin après un barbecue avec les copains? Evidemment!

Alors, si on m'avait dit qu'en 2020, mon Directeur m'enverrait un email pour m'interdire de faire des manips... Et bien si on me l'avait dit, j'aurais répondu qu'il pouvait fermer la porte du labo, je rentrerais par la fenêtre.
Si on m'avait dit qu'en 2020, pour m'empêcher de rentrer au labo par la fenêtre, on me bloquerait l'accès aux équipements indispensables à la recherche, j'aurais répondu qu'on est dans un pays libre et que la recherche, c'est fondamental.
Si on m'avait dit qu'en 2020 je devrais flinguer 70 souris humanisées avec des cellules foetales humaines, j'aurais répondu qu'éthiquement, on ne peut pas gaspiller des cellules foetales humaines. En fait, c'est ce que je leur ai répondu, mais ils n'ont rien voulu entendre.
Si on m'avait dit qu'en 2020, après avoir si durement travaillé à assembler le budget du labo pendant 4 ans, je devrais payer 5 personnes pour rester chez eux à ne rien faire pendant plus de deux mois...
Si on m'avait dit qu'en 2020, alors que je me suis occupé moi-même pendant 10 ans de chacune de mes souris, je paierais quelqu'un à temps plein pour s'occuper de la ménagerie, mais que cette hypochondriaque trouverait toutes les excuses du monde pour rester chez elle... et me dirait même qu'un rapport hebdomadaire est un gaspillage de son temps. J'aurais répondu... non, je n'aurais pas répondu, je serais resté sans voix.
Si on m'avait dit qu'en 2020, je ne pourrais discuter de science avec mes collègues et amis que via Zoom, j'aurais répondu: mais non, passe par mon labo, on a une super machine à café.
Si on m'avait dit qu'en 2020, pendant 2 mois, la seule personne avec qui je pourrais bavarder c'est le caissier du supermarché, j'aurais répondu que de toute façon, je ne suis ni très bavard ni très sociable. Mais j'aurais eu tort car, nondidju, les discussions à la con avec le chauffeur Uber ou le clodo du coin, ça fait quand-même partie de la culture.
Si on m'avait dit qu'en 2020 à Seattle, la rue serait rendue piétonne et il n'y aurait plus d'avions, et qu'il y aurait donc encore moins de bruit qu'à Moyen, j'aurais répondu qu'au moins, à Moyen, il y avait les tracteurs. Et au bruit de leur moteur, on pouvait reconnaître le John Deere du Guy, le Renault du Philippe et le Fiat du Charles. Mais de toute façon, le Guy et le Charles ne sont plus là. Tout fout le camp.
Si on m'avait dit qu'en 2020, je vivrais dans une ville qui déclare le couvre feu chaque jour à 21 heures, j'aurais répondu qu'on n'est pas en temps de guerre.
Si on m'avait dit qu'en 2020, pendant le couvre feu, les seuls bruits seraient les explosions des émeutes au loin et l'hélicoptère qui les survole inlassablement, j'aurais répondu qu'on n'est pas à Belfast.

Si on m'avait dit tout ça à propos de 2020, j'aurais répondu que 2020 est une année de merde et que j'aimerais bien être en Belgique. Confiné proche de vous! Dans votre fuseau horaire.

Une sale journée


J'étais à New York cette semaine, mon voyage annuel, pour la réunion du comité de sélection de la Lupus Research Alliance. Evidemment, je n'y était que virtuellement. Ils ont pris cher, à New York, avec le coronavirus. Je ne sais pas quand je pourrai revoir cette ville... mais aucun doute, elle aura changé.
Et quand la réunion commence à 9h00 à NYC, si tu es à Seattle, tu dois te lever à 5 heures du mat. De toute façon, 5h30, c'est mon heure habituelle ces jours-ci. Et le problème, c'est que dans ces cas là, le samedi aussi, on se réveille trop tôt. Alors ce matin, j'ai lu les news... mauvaise idée.

- D'abord la météo. Toute la journée, ceci:

- Ensuite, l'actu des marathons. Boston, reporté d'avril à septembre, est maintenant officiellement annulé. Le plus ancien et le plus prestigieux marathon. Celui pour lequel se qualifier nécessite de descendre sous la barre mythique des 3 heures. Celui qui se court un jour férié pour l'Etat du Massachusetts, Patriot's Day rebaptisé Marathon's Day. Celui qui a rebondi, #BostonStrong, après des attaques à la bombe il y a quelques années. Celui qui depuis 1897 n'avais jamais été annulé, même pas par les guerres mondiales. Je ne me fais plus d'illusion pour Amsterdam depuis longtemps, mais c'est maintenant une quasi certitude, les marathons d'octobre seront les prochains à passer officiellement à la trappe.

- Et le coronavirus à Seattle, comment ça va? Quand est-ce qu'on déconfine? Rien de réjouissant de ce côté-là. Le Gouverneur de l'Etat de Washington a établi un plan en 4 phases. Chaque comté peut postuler pour passer à la phase suivante dès qu'il remplit une série de critères stricts. Dans le King County, où se trouve Seattle, nous sommes toujours en phase 1. Les critères pour la phase 2 restent obstinément hors d'atteinte. On peut aller à la pêche (c'est la version locale du kayak) mais à part ça, c'est toujours "Stay Home Stay Healthy". Il faudra attendre la phase 4 pour pouvoir sortir de la maison pour des activités non-essentielles. Et comme il faut un minimum de 3 semaines entre 2 phases, on y sera probablement à temps pour la semaine des quatre jeudis.

- Wikipedia est fantastique! Dans ma jeunesse, je passais de mot en mot dans le dictionnaire... puis au bout d'une heure j'essayais de retrouver la série de mots qui m'avait aléatoirement amené là où j'étais. Maintenant, je le fais de clic en clic. A vous de deviner:  en partant des statistiques du coronavirus, comment suis-je arrivé à regarder de vieux épisodes de "La croisière s'amuse" sur YouTube?

J'ai été interrompu par un email de l'animalerie, c'est habituel le weekend, me demandant d'aller m'occuper d'une souris malade. J'ai eu la flemme toute la journée mais je me suis enfin décidé à y aller en fin d'après midi. Après 1 km, mon téléphone a gueulé comme jamais. C'était le système d'annonce d'alertes: couvre feu à Seattle, rentrez tous chez vous!

Que se passe-t-il? A Seattle comme partout dans le pays, une vague d'émeutes envahit les villes depuis quelques jours. Vous vous souvenez, dans feuilletons des années 90, Beverly Hills 90210 et Docteur Doogie, les émeutes de Los Angeles en 1992? Et bien c'est la même chose.

Depuis, il y a eu Black Lives Matter. Mais rien n'y fait: les mêmes violences policières ne cessent de resurgir. C'est le péché originel des Etats Unis d'Amérique. Cette fois-ci, les images sont absolument insoutenables. La "technique" policière utilisée pour l'arrestation de cet homme de Minneapolis est identique à ce qu'on appelle, à l'animalerie, une dislocation cervicale. La différence, avec les souris, c'est que cette méthode d'euthanasie ne peut être pratiquée qu'après anesthésie pour limiter les souffrances.

Cet homme, ça aurait très bien pu être mon ami Junior, dans les rues de New Haven. Lui aussi, il avait fait des bêtises dans sa vie. Lui aussi vivait comme il pouvait, avec sa pension de militaire et les quelques sous que lui donnaient les passants. Je ne sais pas ce que Junior devient en cette période de coronavirus. Mais peut-être que lui aussi aurait pu tenter d'acheter de la nourriture avec un faux billet de 20 dollars.

Il y a quelques années, au moment de Black Lives Matter, un joueur de football américain a fait le buzz. Pendant l'hymne national en début de match, Colin Kaepernick, jumeau de Marouane Fellaini, posait le genoux par terre en protestation contre les violences policières. Il a perdu son emploi et n'a plus jamais retrouvé d'équipe. Mais son geste est devenu symbolique et s'est répandu. Si bien que le président s'en est mêlé: dans ce sport aux relents esclavagistes, il a appelé les milliardaires blancs propriétaires de clubs à virer ces "fils de p...".

Lebron James, King James, a tout résumé en deux images.


Ce n'est pas seulement une sale journée. C'est une sale période pour ce pays.


Déconfinement ou déconfiture?


Notre ami Marius s'est fait discret ces dernières semaines. Plus de graphiques quotidiens sur Twitter. Alors je vais faire mon Marius pour quelques minutes.
Voici les graphiques des nouveaux cas, des nouvelles hospitalisations et des décès quotidiens, du 1er mars au 21 avril, sur base des chiffres officiels publiés par Sciensano le 24 avril.


Mettons ça en équation et calculons la dérivée (l'axe horizontal est gradué en semaines, et ça aurait été mieux avec un S à "quotidiens").


Ca, ce sont les données brutes et indiscutables.

Maintenant, l'interprétation subjective d'un non-expert:
- Pour les trois mesures, nous sommes clairement de l'autre côté du pic.
- La dérivée est négative. C'est maintenant incontestable, le virus ralentit.
- C'est bien, le pire est derrière nous... pour l'instant en tout cas.
- Le ralentissement semble moins évident ces derniers jours et on se dirige peut-être vers un plateau. Mais on verra comment la courbe évolue la semaine prochaine.
- Vu ces tendances, il est raisonnable d'envisager le déconfinement. Mais si rapidement, ça me semble présomptueux.
- Souvenons-nous que c'est en nous transformant en trappeurs canadiens que nous avons fait plier le virus. Si nous retrouvons nos habitudes d'avant confinement, inévitablement, le virus va reprendre du poil de la bête.
- On a confiné à moins de 300 cas (5 morts) par jour, nous sommes maintenant à 1000 cas (200 morts) par jour. Si la dérivée repasse en positif, ça peut repartir à l'exponentielle très rapidement. Et une exponentielle qui part de 1000, c'est une situation hors contrôle en quelques jours. Ce n'est donc pas le moment de faire les fanfarons, la situation reste extrêmement dangereuse!
- Il a fallu trois bonnes semaines de confinement pour enfin faire ralentir le virus. Mais les étapes de déconfinement vont se succéder de semaine en semaine. On passera donc déjà à la phase 2 avant même de pouvoir mesurer l'impact des phases 1a et 1b. Ca semble terriblement imprudent! Inconscient, même. On ne me demande pas mon avis, mais je n'approuve pas la précipitation de nos Autorités.
- Les statistiques sont cyniques. Pour un épidémiologiste, redescendre à 200 morts par jour est une amélioration. Mais pour chaque individu, les statistiques ne comptent pas, il n'y a que deux possibilités: soit on est vivant, soit on est mort. Et quand on est mort, il n'y a plus d'amélioration possible.
- Pour rester vivant et ne pas devenir une statistique, on doit continuer à se comporter autant que possible comme des trappeurs canadiens.

Un peu d’optimisme







Marathons automnaux


Le marathon de Berlin (27 septembre) est annulé.

Le marathon de Chicago (11 octobre) offre la possibilité aux inscrits d'annuler leur participation et, pour ceux qui s'étaient qualifiés au temps, de reporter à 2021.

Avec les reports du printemps, 5 des 6 marathons majeurs (Boston, Londres, Berlin, Chicago et NewYork) devaient avoir lieu en automne. Ca en fait un (et demi?) de moins.

Pas très optimiste pour Amsterdam. De toute façon, 16000 participants entassés dans un sas de départ, puis qui se crachent dessus pendant 42 kilomètres, ce n'est pas la meilleure manière de faire diminuer le R de notre ami SARS-CoV2. Et surtout, un marathon ne vaut pas le risque d'une pneumonie.

On sera d'autant plus performants en 2021! (Ou 2022).