Réveillé par la corne de brume

On ne peut pas dire que la situation s'arrange...



Trail


Puisque ce weekend est merdique, retournons au weekend dernier.

On avait compris depuis bien longtemps que le marathon d'Amsterdam serait annulé. Alors au printemps, après l'annulation du semi de Vancouver, il a fallu trouver une autre motivation. D'abord, j'ai continué mon entraînement pour la version virtuelle de Vancouver. Puis j'ai décidé que je courrais métronomiquement l'équivalent d'un semi-marathon (ou plus) chaque dimanche. Mais au fil des semaines, je m'en suis lassé. Alors pour cet été, il fallait trouver autre chose.

Inspiré par les récits d'Elodie à Noël lors de notre petit jogging à Mirlipimpin; motivé par les jolies traces sur Strava de l'infatigable Didier; impressionné par les breloques ramenées chaque dimanche par Adrien à l'époque où on pouvait courir en société; rappelé à l'ordre par Sylvie quant à la proximité des montagnes; équipé de l'appli cartographique d'Antoine pour ne pas me paumer; conseillé par Robert sur la manière de remplir la musette... le défi de cet été serait un semi-marathon trail en montagne! Après quelques explorations en juillet et août, dimanche dernier était le jour!

La Pategaumais-Mobile m'a emmené vers l'est par l'autoroute I-90, vue ici serpentant à travers Snoqualmie Pass.

La première montée sur l'Ira Spring Trail était raide: de la marche rapide plutôt que de la course. Mais dans cette région, quand on arrive au sommet, la récompense est toujours la même: le Mont Araignée!

De l'autre côté de la crête, un joli sentier sans âme qui vive, à part les oiseaux et les araignées tissant leurs toiles en travers du chemin. Pendant plus d'une heure, de lac en lac et de point de vue en point de vue, on en oublierait presque 2020. La liberté!

Mason Lake

Sir Richard Pond

Rainbow Lake

Kaleetan Peak (je pense...)

Talapus Lake, alors que le soleil de fin d'été passe déjà de l'autre côté de la colline

Ce qui est bien en trail, c'est qu'on se moque de ce que dit la montre: de toute façon l'allure est beaucoup trop basse et le cardio beaucoup trop haut. Alors quand on traverse un ruisseau, autant y tremper les pieds.

Rafraîchi, on peut ensuite dérouler dans la descente.

Mais bien vite, on retrouve à contre-coeur la civilisation: il faut se faufiler entre les promeneurs du dimanche, leurs chihuahuas et leurs virus.

Même si les yeux traduisent un certain épuisement par rapport au précédent selfie, le buff cache un sourire satisfait.

Une poignée de poissons rouges pretzel salés pour se remettre de ces 24 kilomètres et 1100 mètres de dénivelé positif, puis retour vers Seattle.


Le prochain défi pourrait voir ressortir la Flèche Bleue: il y a quelques cols classés hors-catégorie, dans la région!

De pire en pire

Atmosphère tchernobylienne.
La situation se dégrade de jour en jour. Même d'heure en heure.





2020 continue...


Les forêts brûlent dans l'est de l'état de Washington. J'ai dû me lever à 1 heure du matin pour fermer la fenêtre... l'odeur de fumée devenait insupportable. Qualité de l'air ces prochains jours à Seattle: déplorable.

A part ça, il serait temps de convoquer un conseil national de sécurité en Belgique: +3% avant-hier, +7% hier, +9% aujourd'hui... ça sent l'exponentielle.

Photornitho


Depuis qu'il n'y a plus que des ports USB-C sur mon ordi, j'ai un peu de mal à transférer les photos de mon appareil zoomy-zoom vers mon ordinateur: il faut que je pense à prendre la carte SD pour la lire sur mon ordi au bureau.

Donc c'est un peu comme à l'époque des films Kodak: il faut terminer le film avant de développer les photos des mois plus tard. Donc voici une photo datant d'avril dernier... l'époque du confinement.

Antoine va certainement se faire un plaisir d'identifier ce joli petit oiseau:

J'm'énerve pas, j'explique!

Le site internet de la RTBF nous propose un quiz tout à fait scientifique et impartial pour nous expliquer que tout va bien dans le meilleur des mondes, les enfants peuvent retourner l'esprit tranquille à l'école. Qualité du quiz garantie par la contribution d'un expert.


 La question numéro 2 est intéressante:

... que l'expert qui a validé ce quiz est d'une incroyable incompétence et se ferait rétamer à l'examen d'un cours sur les fondements de la virologie. Il devrait même se faire recaler à un examen d'entrée à la fac de médecine pour le même prix, d'ailleurs.

Ca fait pourtant huit mois que nous sommes dans cette pandémie, et il faut encore expliquer:

1) Le test PCR est conçu pour détecter la présence du génome du virus.

2) Le virus s'appelle SARS-CoV-2.

3) Le SARS-CoV-2, chez une partie des patients infectés, cause une maladie dénommée COVID-19, en lettres capitales s'il-vous-plaît bien.

4) Si on veut vraiment être pédant et suivre les conseils de ces autres jean-sait-tout de l'Académie française, on dira "à la COVID-19" plutôt que "au COVID-19" car c'est *une* maladie.

Donc la PCR peut détecter la présence du virus SARS-CoV-2. Mais est insuffisante pour diagnostiquer la maladie COVID-19 chez qui que ce soit! Recalé, revenez en septembre.

C'est comme le virus de l'immunodéficience humaine (HIV-1) responsable d'une maladie dénommée syndrome de l'immunodéficience acquise (SIDA). Ou la bactérie Mycobacterium tuberculosis (en italique et seulement le M en majuscule, hein!) responsable de la tuberculose.

Je me demande bien ce que ce pseudo-expert aurait à répondre à la question suivante: le SARS-CoV-2 est-il un organisme vivant, ou pas?

Quant au journaliste, demandons lui d'expliquer un peu: "la situation n'est pas si catastrophique, à moins d'être vigilant et prudent". Donc si on est vigilant et prudent, la situation va devenir catastrophique. C'est bien ça qu'il a voulu dire?


OK. Mise à part mon humeur de Schtroumpf grognon/Schroumpf à lunettes, ceci est important car si on confond infection et maladie, on va prendre des mauvaises décisions dans la gestion de la situation.

Jag


Depuis décembre, une Jag est garée sous ma fenêtre. Tout droit sortie des années 90s, un peu usée si on la regarde de trop près, elle garde beaucoup d'allure avec son félin bondissant sur le capot.

A un moment, j'ai pensé qu'il devait y avoir un cadavre abandonné dans le coffre. Mais en huit mois, des odeurs ou des asticots se seraient échappé.

Alors à votre avis, puisque personne ne semble plus en vouloir de cette jag, à partir de quand est-ce que je peux considérer qu'elle est à moi?


Un peu d'immunologie



Ce que j'écrivais sur ce blog en avril inspire les experts en août. Alors commençons aujourd'hui à leur expliquer l'immunologie... et espérons que Marius n'attende pas décembre avant d'aller répéter au JT.

En matière d'immunologie, on nous raconte vraiment tout et, surtout!, n'importe quoi. C'est un peu normal: les journalistes, épidémiologistes, médecins et autres experts ne sont pas immunologistes. Et l'immunologie, c'est compliqué. Alors, qu'en est-il vraiment de la réponse immune au coronavirus et de la manière dont elle protège contre une réinfection? La protection est-elle réellement de courte durée, comme le disent avec inquiétude les gazettes?

Notre système immunitaire a deux caractéristiques importantes. La première est sa capacité à répondre à tout et n'importe quoi, même à un virus qui n'a jamais existé précédemment sur la surface de la terre. La seconde, c'est la mémoire immunologique. Voyons d'un peu plus près comment ça fonctionne.

Donc notre système immunitaire peut répondre à n'importe quoi... mais ça lui prend un peu de temps. Un peu comme le serrurier qui doit dénicher la bonne clé sur son énorme trousseau. Il faut trouver la meilleure clé, puis l'affûter un peu... ça prend quelques jours. Mais ensuite, et si tout va bien, le système immunitaire peut éliminer le virus. Une fois le travail effectué, le serrurier peut ranger son matériel. Le danger écarté, la réponse immune peut tranquillement retomber à un niveau beaucoup plus bas. Mais il y a un truc! Le serrurier garde sous la main une ou deux copies de sa bonne clé. Si jamais le virus se présentait à nouveau, il serait prêt à répondre immédiatement. C'est sa mémoire!

De manière un peu plus scientifique, ça se présente comme ceci:



1. Infection (bleu) qui, en absence d'immunité, n'est pas contrôlée et le virus atteint le niveau requis pour nous rendre malade.
2. Après quelques jours, l'immunité se développe (rouge) et prend le dessus sur le virus, qui est éliminé. C'est quand la réponse est à son pic qu'on détecte dans le sang les plus hauts taux d'anticorps antivirus.
3. Contraction (vert): son travail terminé, le système immunitaire retourne à son niveau de base. Le taux d'anticorps retombe. C'est tout à fait normal.
4. Quelque part dans notre corps, bien planquées, quelques cellules "mémoire" (rouge) restent en embuscade, prêtes à répondre à une nouvelle infection.

Passent le années. Le virus se représente. Cette fois, même si elles sont peu nombreuses, les cellules de mémoire sont prêtes à répondre de manière rapide, massive et efficace. Le virus est immédiatement pris en charge et n'a pas l'occasion d'atteindre le niveau qui nous rendrait malade.

Schématiquement, il se passe donc la même chose que lors de la première infection, mais plus vite et à plus grande amplitude. C'est pour ça que nous n'avons, normalement, qu'une seule fois la varicelle dans notre vie... même si nous y sommes exposés à de multiples reprises.



Donc! Le déclin de la réponse quelques semaines après la fin de la maladie, c'est tout à fait normal, coronavirus ou autre pathogène! En fait si ce n'était pas le cas, les gros ganglions que le médecin tâte quand on est malade, ils ne reviendraient jamais à leur état normal.

Mais ça, c'est la théorie. Que sait-on en pratique de l'immunité à long terme contre le coronavirus? Et bien pas encore grand chose, mais un peu quand-même:

1) La manip a été faite sur des singes. Infectés une première fois, ils ont présenté les mêmes symptômes que les patients humains atteint du COVID-19. Guéris, ils ont été réinfectés expérimentalement. Et cette fois, pas la moindre maladie. Leur réponse immune secondaire les a parfaitement protégés contre le virus. Evidemment, c'était une mémoire de court terme: impossible à ce jour de savoir si la mémoire persistera plusieurs années. Mais rien n'indique le contraire.

2) Chez les humains, on ne peut pas exposer expérimentalement un patient au virus. Alors il faut trouver et étudier des gens qui ont été infectés, qui ont développé une immunité, puis qui ont été ré-exposés au virus de manière pratiquement certaine. C'est là que les épidémiologistes doivent faire preuve de perspicacité!
En mai dernier, un bateau de pêche est parti de Seattle pour plusieurs semaines de mer. A son bord, 122 marins. Prudent, l'armateur a fait tester tout l'équipage et, quand tous les résultats se sont avérés négatifs, le capitaine a pu larguer les amarres.
Malheureusement, ces précautions n'ont pas suffit. Le virus a réussi à passer à travers des mailles du filet (de pêche) et un foyer s'est développé sur le navire. 104 des 122 marins ont été infectés, soit un impressionnant taux d'attaque de 85%!
Parmi les 122 marins, les tests a posteriori ont montré que 3 d'entre eux avaient déjà une immunité anti-coronavirus avant l'embarquement. Aucun d'eux n'a été ré-infecté sur le bateau, soit un taux d'attaque de 0%.
Les nombres sont petits, mais les statisticiens nous disent que si c'était juste le hasard, il y avaient seulement 2 chance sur 1000 pour que ces 3 moussaillons fassent partie des 18 résistants. Et donc, il est très probable que c'est leur immunité qui les a protégés.

3) Que penser, dès lors, de ces cas de ré-infection dont nous parle la presse récemment? A ce stade ce sont des cas anecdotiques. Sur les millions de patients infectés, il y en aura toujours bien l'un ou l'autre dont le système immunitaire flanchera. A surveiller... l'avenir (pas l'Avenir du Luxembourg, hein!) nous en apprendra plus.

La conclusion de tout ça? Notre système immunitaire est absolument fascinant... mais compliqué. Alors quand des journalistes ou experts se risquent à parler d'immunologie au JT, il y a 2 chances sur 1000 pour qu'ils ne soient pas à côté de la plaque.

Une ardeur d’avance


Marius Gilbert, 25 août 2020:




Pategaumais, 3 avril 2020:



Ils sont à l'heure, nos experts...

Tout ça pour ça...