Le Père Sévérance

7:44 PM Anthony 1 Comments


Une longue histoire aujourd'hui! Elle commence en juin 2015, lors de ma deuxième visite ici à Seattle. Ces longues journées d'interview sont organisées, en partie, pour qu'on puisse rencontrer nos potentiels futurs collègues. Et vice versa.

Parmi ces personnes, une immuno-oncologiste suisse francophone. Son truc, c'est d'isoler les lymphocytes du sang d'un patient, les bidouiller génétiquement, puis les réinjecter pour qu'ils puissent combattre la tumeur. Ca ressemble à de la science-fiction. Mais ça se fait et ça marche!

Ca marche parfois. Pas toujours. Et pour que ça fonctionne mieux, il faut des tests cliniques dont le coût et la durée sont prohibitifs. Ce serait tellement plus facile si on pouvait faire ça dans une souris plutôt que dans des humains. Genre... dans Mistigri!

Quand je suis arrivé, on en a rediscuté. On a même fait quelques manips. Mais comme on n'avait pas énormément de pognon, ça en est resté là. Jusqu'en 2017, quand Fred Hutch a annoncé un partenariat avec la fondation de la famille de Steve Jobs. Ils voulaient financer 10 projets de recherche. Leurs critères de sélection: des projets "innovants et audacieux"!

Je me souviens, la veille de la date de soumission, tout le monde courrait comme des poulets sans tête pour finaliser leur projet. Une compétition interne avec 10 vainqueurs, il n'y a pas de quoi fanfaronner. Mais nous étions néanmoins fort heureux, quelques mois plus tard, d'apprendre que notre projet était sélectionné.

2019: notre financement est arrivé à terme. On a progressé, mais on n'a pas encore soigné le cancer.

Heureusement, début 2020, la fondation annonce une possibilité de prolongation. Les enchères montent. Cette fois, comme au Lotto, on joue pour le million. Mais il n'y aura que quatre vainqueurs. Les participants? Tous ceux qui ont été précédemment financés, dans toutes les institutions partenaires. Parmi celles-ci: Harvard, Yale, Stanford, Oxford, ... de très sérieux clients!

Première étape en janvier: la lettre d'intention.

Deuxième étape en mars, à l'occasion de la retraite annuelle dans la Napa Valley, la grande région viticole de Californie. Parmi les 67 lettres reçues, onze sont sélectionnées pour un "pitch talk". Un pitch talk, c'est quand on a à faire au fils d'un visionnaire de la communication, et qu'il doit réinventer le format des présentations scientifiques. Exercice intéressant, même si pas très simple. Evidemment, en mars, tout a commencé à merder. Au lieu de la luxueuse auberge californienne, c'est confinés devant notre Zoom que nous avons fait notre pitch talk. J'en garde un souvenir assez moyen.

Troisième étape, mi-mai. Soumission du projet écrit. A nouveau dans un format non-conventionnel et en confinement, évidemment. Sans pouvoir en discuter en personne, pas facile. La technologie n'a pas encore remplacé le bon vieux tableau blanc et les marqueurs pour griffonner des idées. De tous les projets que j'ai rédigés, sans aucun doute, ça a été un des plus compliqués à concevoir.

Silence radio jusqu'à la fin de l'été, lorsqu'ils nous on demandé de réviser notre projet. Ce que, quatrième étape, nous avons fait à la mi-septembre.

Nouveau silence radio de deux mois. Et finalement, aujourd'hui, le dénouement! Maintenant, les gratte-papier y travaillent. Car, approche toujours non-conventionnelle, le partage de la propriété intellectuelle fait partie de l'accord de financement.

Ils voulaient de l'audace et de l'innovation. Pour nous, il a surtout fallu de la patience et de la persévérance.


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