Un peu d'immunologie

10:40 PM Anthony 1 Comments



Ce que j'écrivais sur ce blog en avril inspire les experts en août. Alors commençons aujourd'hui à leur expliquer l'immunologie... et espérons que Marius n'attende pas décembre avant d'aller répéter au JT.

En matière d'immunologie, on nous raconte vraiment tout et, surtout!, n'importe quoi. C'est un peu normal: les journalistes, épidémiologistes, médecins et autres experts ne sont pas immunologistes. Et l'immunologie, c'est compliqué. Alors, qu'en est-il vraiment de la réponse immune au coronavirus et de la manière dont elle protège contre une réinfection? La protection est-elle réellement de courte durée, comme le disent avec inquiétude les gazettes?

Notre système immunitaire a deux caractéristiques importantes. La première est sa capacité à répondre à tout et n'importe quoi, même à un virus qui n'a jamais existé précédemment sur la surface de la terre. La seconde, c'est la mémoire immunologique. Voyons d'un peu plus près comment ça fonctionne.

Donc notre système immunitaire peut répondre à n'importe quoi... mais ça lui prend un peu de temps. Un peu comme le serrurier qui doit dénicher la bonne clé sur son énorme trousseau. Il faut trouver la meilleure clé, puis l'affûter un peu... ça prend quelques jours. Mais ensuite, et si tout va bien, le système immunitaire peut éliminer le virus. Une fois le travail effectué, le serrurier peut ranger son matériel. Le danger écarté, la réponse immune peut tranquillement retomber à un niveau beaucoup plus bas. Mais il y a un truc! Le serrurier garde sous la main une ou deux copies de sa bonne clé. Si jamais le virus se présentait à nouveau, il serait prêt à répondre immédiatement. C'est sa mémoire!

De manière un peu plus scientifique, ça se présente comme ceci:



1. Infection (bleu) qui, en absence d'immunité, n'est pas contrôlée et le virus atteint le niveau requis pour nous rendre malade.
2. Après quelques jours, l'immunité se développe (rouge) et prend le dessus sur le virus, qui est éliminé. C'est quand la réponse est à son pic qu'on détecte dans le sang les plus hauts taux d'anticorps antivirus.
3. Contraction (vert): son travail terminé, le système immunitaire retourne à son niveau de base. Le taux d'anticorps retombe. C'est tout à fait normal.
4. Quelque part dans notre corps, bien planquées, quelques cellules "mémoire" (rouge) restent en embuscade, prêtes à répondre à une nouvelle infection.

Passent le années. Le virus se représente. Cette fois, même si elles sont peu nombreuses, les cellules de mémoire sont prêtes à répondre de manière rapide, massive et efficace. Le virus est immédiatement pris en charge et n'a pas l'occasion d'atteindre le niveau qui nous rendrait malade.

Schématiquement, il se passe donc la même chose que lors de la première infection, mais plus vite et à plus grande amplitude. C'est pour ça que nous n'avons, normalement, qu'une seule fois la varicelle dans notre vie... même si nous y sommes exposés à de multiples reprises.



Donc! Le déclin de la réponse quelques semaines après la fin de la maladie, c'est tout à fait normal, coronavirus ou autre pathogène! En fait si ce n'était pas le cas, les gros ganglions que le médecin tâte quand on est malade, ils ne reviendraient jamais à leur état normal.

Mais ça, c'est la théorie. Que sait-on en pratique de l'immunité à long terme contre le coronavirus? Et bien pas encore grand chose, mais un peu quand-même:

1) La manip a été faite sur des singes. Infectés une première fois, ils ont présenté les mêmes symptômes que les patients humains atteint du COVID-19. Guéris, ils ont été réinfectés expérimentalement. Et cette fois, pas la moindre maladie. Leur réponse immune secondaire les a parfaitement protégés contre le virus. Evidemment, c'était une mémoire de court terme: impossible à ce jour de savoir si la mémoire persistera plusieurs années. Mais rien n'indique le contraire.

2) Chez les humains, on ne peut pas exposer expérimentalement un patient au virus. Alors il faut trouver et étudier des gens qui ont été infectés, qui ont développé une immunité, puis qui ont été ré-exposés au virus de manière pratiquement certaine. C'est là que les épidémiologistes doivent faire preuve de perspicacité!
En mai dernier, un bateau de pêche est parti de Seattle pour plusieurs semaines de mer. A son bord, 122 marins. Prudent, l'armateur a fait tester tout l'équipage et, quand tous les résultats se sont avérés négatifs, le capitaine a pu larguer les amarres.
Malheureusement, ces précautions n'ont pas suffit. Le virus a réussi à passer à travers des mailles du filet (de pêche) et un foyer s'est développé sur le navire. 104 des 122 marins ont été infectés, soit un impressionnant taux d'attaque de 85%!
Parmi les 122 marins, les tests a posteriori ont montré que 3 d'entre eux avaient déjà une immunité anti-coronavirus avant l'embarquement. Aucun d'eux n'a été ré-infecté sur le bateau, soit un taux d'attaque de 0%.
Les nombres sont petits, mais les statisticiens nous disent que si c'était juste le hasard, il y avaient seulement 2 chance sur 1000 pour que ces 3 moussaillons fassent partie des 18 résistants. Et donc, il est très probable que c'est leur immunité qui les a protégés.

3) Que penser, dès lors, de ces cas de ré-infection dont nous parle la presse récemment? A ce stade ce sont des cas anecdotiques. Sur les millions de patients infectés, il y en aura toujours bien l'un ou l'autre dont le système immunitaire flanchera. A surveiller... l'avenir (pas l'Avenir du Luxembourg, hein!) nous en apprendra plus.

La conclusion de tout ça? Notre système immunitaire est absolument fascinant... mais compliqué. Alors quand des journalistes ou experts se risquent à parler d'immunologie au JT, il y a 2 chances sur 1000 pour qu'ils ne soient pas à côté de la plaque.

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